Les photos en atelier : un frein au partage ?
Le mois dernier, j’ai travaillé dans différentes structures petite enfance. Lors d’une matinée où j’enchaînais trois séances d’éveil musical avec des groupes différents, l’un d’eux m’a particulièrement marquée.
Avez-vous deviné pourquoi, en lisant le titre de ce billet ? Oui, il s’agit des photos… ou plutôt des téléphones portables utilisés pour en prendre.
L’impact du téléphone sur l’atelier
L’adulte référent – qu’il soit parent, assistant(e) maternel(le) ou autre accompagnateur – joue un rôle essentiel dans l’engagement de l’enfant. Sa présence donne confiance et permet aux tout-petits de se sentir en sécurité pour explorer l’univers musical. Certains enfants ont besoin d’un vrai accompagnement pour profiter pleinement de l’atelier. Je suis là pour ça, mais l’adulte qu’ils connaissent le mieux reste leur principal repère, surtout quand les séances sont très espacées ou que c’est un « one-shot ».
Le regard de l’adulte porte l’enfant. Or, lorsque ce regard se perd derrière l’écran… la connexion précieuse qui favorise l’échange et l’expérience musicale disparait.
L’enfant perçoit l’absence de lien et l’impact sur sa participation est immédiat.
Pas besoin d’être assis à côté de l’enfant pour lui transmettre cette présence : un simple regard bienveillant suffit à transformer la dynamique du groupe. J’ai conscience des corps fatigués et usés par les années de travail et la fatigue parentale. Se mettre au ras du sol n’est pas toujours évident. Le regard, même d’une chaise, fait la différence.

Le juste équilibre
Ai-je mal expliqué mon cadre au début de la séance ? Probablement, au vu du nombre de téléphones brandis ce jour-là. Je ne suis pas opposée à une ou deux photos prises discrètement, mais lorsque toute la séance se transforme en reportage, cela devient problématique.
En crèche, je constate tout le travail mené par les équipes pour cadrer l’usage des photos, et auprès des familles à qui il faut expliquer que dans la journée l’enfant n’a pas besoin d’être interrompu dans ces moments de vie par des clics.
J’ai aussi échangé avec des collègues d’éveil musical, et nous sommes nombreuses à faire ce constat : ce phénomène est récurrent. Il suffit de voir les témoignages partagés sur les réseaux sociaux entre professionnelles musiciennes, où certains et certaines expriment leur ras-le-bol face aux séances parasitées par des adultes absorbés par la meilleure prise e vue, au lieu de vivre le moment.

L’importance d’un cadre clair
Il est donc de notre responsabilité, en tant que professionnelles de l’éveil musical, d’expliquer clairement le cadre et surtout l’enjeu de ces temps d’atelier.
À vous, parents, assistantes maternelles, enseignants, professionnelles de la petite enfance : n’hésitez pas à poser vos questions pour mieux comprendre notre approche. Nous n’avons pas forcément les mêmes points de vue, et c’est en échangeant que nous nous comprendrons.
L’éveil musical n’est pas un simple temps de garderie. Chaque séance est pensée, réfléchie et préparée en fonction des enfants et des objectifs pédagogiques. Et pourtant, il arrive qu’une séance ne « prenne » pas avec un groupe donné… sans que cela ait un lien avec les photos. C’est aussi une réalité.
Parfois, malgré toute l’attention portée à la préparation, une séance ne fonctionne pas comme prévu. La fatigue des enfants (ou de l’intervenante – cela arrive aussi !), un jeu rythmique qui ne capte pas leur intérêt… Et puis, il y a les imprévus du quotidien avec les tout-petits : un pipi accidentel en plein milieu du groupe, des pleurs, des « non ! » catégoriques, une envie soudaine de courir partout… Autant d’éléments qui peuvent chambouler l’atelier.
C’est là tout l’enjeu de mon métier : savoir rebondir, s’adapter, et maintenir l’instant musical malgré ces aléas.
Alors… n’ajoutons pas un élément perturbateur supplémentaire !
Si vous accompagnez des enfants à un atelier d’éveil musical mais que la musique n’est pas votre tasse de thé, ou si vous trouvez difficile de participer activement, prenez simplement le temps d’observer (c’est souvent très drôle et émouvant). Votre regard et votre présence comptent.

Mon propre usage des photos… et mes limites
« Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais », comme dit le proverbe. Dans les cours que je donne à l’année, je prends aussi quelques photos que j’envoie aux familles, accompagnées d’explications sur le déroulement de la séance. Je pourrai juste faire un bilan explicatif en deux paragraphes. Dans mes débuts, j’avais surement besoin de « montrer » que ce que je proposai était intéressant.
Avec le temps, j’ai réduit (un peu) ces prises d’images. Pourquoi ? Parce que j’ai constaté que ce simple geste, même hyper rapide, pouvait casser le rythme du cours. Certains enfants s’arrêtent, posent, sourient… et l’instant musical est interrompu. S’ils le font une fois, c’est mignon. Mais si cela se répète plusieurs fois dans l’heure ? L’atelier perd son sens, car la musique n’est plus centrale.

Comment reparler de la séance si je n’ai pas pris de photos ?
Pour les jeunes enfants, la photo est un excellent support d’expression. Mais il existe d’autres moyens pour prolonger l’expérience musicale, ou échanger avec votre enfant si vous n’étiez pas à l’atelier :
- Feuilleter des imagiers d’instruments (hop, un petit tour à la médiathèque)
- Manipuler des petits instruments à la maison
- Transformer des ustensiles de cuisine en instruments de musique
- Écouter et danser sur les musiques entendues lors d’une séance d’éveil musical
Sans être dans une interdiction stricte des photos, une limitation – voire une absence totale de téléphone pendant 30 minutes – permet de vivre ces moments avec une qualité d’attention bien supérieure.
Alors, posons nos téléphones et profitons de l’instant présent.
Bien musicalement, Solène
Ce mois-ci sur Orsay (91)
📅 Samedi 12 avril : Avec l’association Temps’danse
Atelier de patouille sonore pour les 3 mois – 3 ans Lien d’inscription 🔗
Atelier d’éveil musical pour les 4-6 ans Lien d’inscription 🔗
Côté écriture
Mon roman jeunesse & fantastique avance 🖊️ ! Doucement, mais sûrement. Je vous en dirai plus bientôt. En juillet, je serai au premier salon du livre jeunesse de la ville d’Orsay, organisé par les supers médiathécaires !